La LPD révisée : ce qui a changé pour les professionnels
La nouvelle LPD (nLPD), entrée en vigueur le 1er septembre 2023, a modernisé le cadre suisse de protection des données. Elle s'aligne partiellement sur le RGPD européen tout en conservant des spécificités helvétiques. Pour les professionnels — avocats, médecins, fiduciaires, dirigeants — la question pertinente est celle-ci : qu'est-ce que cette loi change concrètement pour ce qui se trouve sur eux en ligne ?
La réponse est nuancée. La LPD révisée protège les données personnelles, y compris sensibles. Mais elle s'applique aux données que vous traitez sur d'autres, pas nécessairement à toutes les données disponibles publiquement sur vous-même. La distinction entre données publiées volontairement, données publiques par nature (registre du commerce, barreau, etc.) et données exposées par des tiers est au cœur du sujet.
Données publiques : ce que ça veut dire vraiment
Une information est considérée comme publique lorsqu'elle a été rendue accessible à tous sans restriction d'accès. Cela inclut : votre inscription dans un registre professionnel, votre fiche dans un annuaire d'avocats ou de médecins, vos publications sur les réseaux sociaux publics, les articles de presse vous mentionnant, et votre profil LinkedIn en mode public.
Ces données ne tombent pas sous la protection de la LPD de la même façon que des données collectées à votre insu. Un moteur de recherche ou une IA qui indexe votre profil LinkedIn public n'est pas en violation de la LPD. Vous avez choisi de rendre ces informations publiques. Elles circulent légalement.
Là où ça devient plus complexe, c'est lorsque des données publiques sont agrégées par un tiers pour construire un profil que vous n'avez pas validé. C'est ce qu'on appelle le profilage. La LPD révisée encadre plus strictement cette pratique que l'ancienne loi. Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) peut intervenir si un traitement de données publiques est jugé disproportionné.
Lakora ne traite que des données publiques et ne produit pas de profils à des fins autres que celles demandées par le client concerné lui-même. Chaque audit est réalisé à la demande expresse de la personne analysée. Il ne s'agit pas d'un service d'investigation sur des tiers.
Le droit à l'effacement : entre promesse et réalité
La LPD révisée renforce le droit à l'effacement — le droit de demander la suppression de données personnelles vous concernant. En théorie, un professionnel peut demander à Google de déréférencer certains contenus, ou à LinkedIn de supprimer des données obsolètes.
En pratique, ce droit est limité pour les données relatives à une activité professionnelle publique. Un arrêt publié dans un journal juridique, une condamnation pénale définitive, une radiation d'un barreau — ces informations peuvent légitimement rester accessibles même si la personne concernée le conteste. La jurisprudence du PFPDT distingue l'intérêt public à l'information de l'intérêt privé à l'oubli.
Ce que la LPD permet, en revanche, c'est de demander la rectification d'informations inexactes. Si Google affiche des données erronées sur votre nom — une spécialité que vous n'avez plus, un cabinet que vous avez quitté — vous pouvez demander la correction. Cette démarche est plus efficace que la suppression et généralement accordée.
Ce que la LPD ne peut pas faire pour votre réputation
La LPD ne contrôle pas votre image. Elle protège vos données personnelles. Ce n'est pas la même chose.
Votre réputation digitale est construite par l'agrégation d'informations vraies, accessibles légalement, publiées par vous ou par des tiers dans le respect de la loi. Le fait qu'un article de presse de 2019 vous décrive sous un angle défavorable est légal s'il est exact. Le fait que ChatGPT retourne une présentation imprécise de votre activité parce que vos sources en ligne sont fragmentées n'est pas une violation de la LPD — c'est un problème de gestion de votre présence digitale.
C'est précisément pourquoi les deux sujets — LPD et réputation digitale — doivent être traités séparément mais en parallèle. La LPD vous protège contre certains usages abusifs de vos données. Elle ne peut pas vous rendre visible sur ChatGPT, ni corriger l'impression que votre profil LinkedIn vieux de cinq ans produit sur un prospect genevois.
Le croisement des deux enjeux : un angle rare
Peu de professionnels ont réfléchi à la relation entre ces deux dimensions. Les juristes spécialisés en protection des données ne s'occupent pas de réputation digitale. Les agences de communication digitale ne maîtrisent pas la LPD. L'angle est original — et pertinent.
Pour un professionnel suisse en 2026, la bonne posture est double. D'un côté, s'assurer que les données qui circulent sur soi sont exactes, cohérentes et à jour — c'est la gestion de la réputation digitale. De l'autre, comprendre ses droits sous la LPD révisée pour agir efficacement lorsque des informations inexactes ou disproportionnées circulent.
Lakora traite le premier volet : analyser ce qui circule, identifier les inexactitudes, mesurer l'impact sur votre visibilité et votre crédibilité, proposer les corrections prioritaires. Le résultat est un rapport PDF, documenté, actionnnable. CHF 690 pour l'Audit Standard.
Ce que le PFPDT surveille en 2026
Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence a publié plusieurs recommandations et avis depuis l'entrée en vigueur de la nLPD. Son attention se porte particulièrement sur les plateformes qui agrègent des données personnelles à des fins de profilage commercial, sur les outils d'IA qui traitent des données personnelles sans base légale claire, et sur les entreprises qui ne respectent pas l'obligation d'information (art. 19-21 nLPD).
Pour les professionnels qui gèrent eux-mêmes leur présence digitale, le risque de violation directe de la LPD est faible — à condition de ne pas traiter les données de leurs clients ou partenaires sans base légale. Mais la connaissance de ces règles reste utile pour comprendre ce que les tiers peuvent légalement faire avec vos données — et ce qu'ils ne peuvent pas faire.